Image où Paprika est assise, tenant le premier numéro du comic-book Spawn, ouvert entre ses mains.
© Image Comics/Semic

Bavardage #9
Paprika Origins

Il y a longtemps, dans un magasin lointain, très lointain...

Eh ouais, pour ceux qui se posent des questions, j'ai bien eu un premier comic-book. J'en avais déjà lu avant, le concept ne m'était pas étranger mais je lisais essentiellement du "Franco-Belge". Ma série préférée c'est " Mélusine". (que j'ai toujours chez moi ailleurs !) J'avais déjà lu du "Astérix", "Tintin", "Les Schtroumpfs", "Sylvain et Sylvette", "Rahan", "Michel Vaillant" et "Mafalda".

Tout a commencé par une journée comme une autre à errer dans la petite ville voisine et plus ou moins traînée de force dans une maison de la presse, je me suis mise à ramper au sol, désabusée et ennuyée à mourir. La tête à l'envers, mes yeux ont alors défilé sur les tas de couvertures colorées et c'est là que c'est arrivé. Je l'ai vu, glissé entre d'autres illustrés. Mon premier comic-book. Celui qui allait démarrer une passion de plusieurs années de façon croissante. Je me souviendrais de cette vision toute ma vie. Spawn #1.

Extrait de Spawn #1 en 3 cases où l'on voit comment il a perdu son âme.
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Ce fut mon tout-premier comic-book, rien qu’à moi. Je ne connaissais que très brièvement Spider-Man pour avoir feuilleté quelques " Spidey" et autre " Strange". Je le tire du rayonnage, j'ouvre la couverture et là : BAM. la baffe intergalactique. Toutes ces couleurs, tout cette ténébritude, un super-héros à l’origine noir de peau, un costume qui n’était pas sans rappeler Venom, des chaînes, des piques, des démons, du sang et du gore. Si certaines personnes proches de moi l’avaient ouvert, je me serait fait incendier et il serait sûrement parti à la poubelle ou au feu donc je suis contente que ce soit passé sous le radar en mode « oui bon prends ta BD et fout moi la paix». à partir de là c’était la chute libre dans le monde des comics.

Au dos je découvre " Wildcats" par un certain Jim Lee, les numéros suivants je vois passer du " Savage Dragon", ça parle de l'éditeur, Image Comics, les épisodes d’invités faisaient allusion à d’autres super-héros et d’autres maisons d’éditions. Ce passage a énormément titillé ma curiosité. J’avais besoin de voir, besoin de regarder. C’était un tout nouvel horizon illustré pour moi qui ne connaissait que le Franco-Belge. " Mélusine" et " Les Schtroumpfs" paraissaient bien ringards face à ça.

Un homme vêtu d'une immense cape rouge pleure parmi les poubelles en se demandant ce qu'il est devenu.
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La je voyais un personnage incroyable, complexe, torturé et qui vivait dans les poubelles. Est-ce que Superman vivait dans les poubelles ? Est-ce que Spider-Man avait la tronche cramée et couturée de cicatrices ? Pour moi c’était un choc autant moral que visuel. Y’avait t’il d’autres personnages comme ça ? Qu’allait t’il se passer lorsque le mystérieux compteur arriverait à zéro ? Al Simmons allait t’il connaître une fin heureuse ? Wanda allait elle devenir veuve une seconde fois ? McFarlane allait-il mettre ses présentateurs télé dans chaque numéro ?

D’ailleurs, parlons-en de ces trois présentateurs. Y’avait l’Asiatique de CNN, le blanc coincé aux airs aristo de E! Entertainment et le gros blanc dégarni aux lunettes d’aveugle dont la chaîne ne cessait de changer. Ce changement permanent de cbaîne m’a obnubilée et je n’en connais toujours pas la raison. Si vous la connaissez, je suis tout ouïe !

Page complète de comic-book montrant 3 présentateurs de télévision sur leurs chaînes respectives.
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Les années qui ont suivi ont été très banales, je suivais Spawn sporadiquement au gré de mon argent de poche mais à partir de 2005 j’ai commencé à gagner un peu d'argent et de façon plus régulière, à acheter des " Strange Spécial Origines" afin de comprendre la génération d’avant, moi qui suit une Génération Image, je me demandais ce qui avait jalonné la vie des Strangistes...

Après ça, ce fut l’escalade avec Marvel qui publiait des trucs qui m'intriguaient, DC qui annonçait Flashpoint mais également avec la découverte d’un vrai magasin de comics à Strasbourg et depuis lors, je suis dedans jusqu’au cou. Les années à lire à peu près tout et n’importe quoi ont énormément affiné mes goûts ( et entamé mon compte en banque) mais c’était un voyage culturellement très enrichissant. Aujourd’hui j’arrive à acheter des comics que j’aime quasiment sans me planter. ( le dernier gros ratage en date c’était Kriss par Ted Naifeh, j’ai amèrement regretté chaque centime déboursé) et comme tous les lecteurs j’ai mes auteurs phares, les dessinateurs favoris, mes encreurs et coloristes préférés ( leur boulot est E—SSEN—TIEL, croyez moi) et les lettreurs que j’apprécie. ( Mon favori ? Neil Uyetake de chez IDW, sans hésiter !)

Un démon avec trois doigts ensenglantés dit que le patron n'est pas là.
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Toutes ces lectures font de moi ce que je suis aujourd’hui vis-à-vis des comics mais également dans ma vie personnelle ou je m’efforce de faire les bons choix, même si ce ne sont pas les plus faciles. Mais désormais je peux regarder ma bibliothèque avec fierté et me dire « oui ,j’ai aimé ce comic-book. Et celui-la aussi.» Evidemment je ne les adore pas tous au maximum, j’en ai même vendu une fraction de ma collection courant des années 2015-2018 pour faire un peu de place et ne garder que les choses que je suis certaine de relire, que ce soit aujourd’hui, dans 1 an ou dans 23 ans 7 mois et 18 jours.

Alors pour moi, lire les premiers numéros de Spawn, c’est quelque part entre la madeleine de Proust et revoir un vieil ami sur qui on peut compter et qui ne nous décevra jamais. Je sens cette odeur de papier et aussitôt je retourne dans le passé, sur cette hideuse moquette grise dans cette boutique ou j’avais été traînée contre mon gré et ou je pensais tellement m’ennuyer que j’allais cesser d’exister. Aujourd’hui ce magasin n’existe plus, Spawn est diffusé en librairie ( après un court passage en kiosque par Delcourt, merci à eux !) et la série n’est plus tellement loin de son 400eme numéro. Alors merci à toi Todd McFarlane et à tous les gens de chez Image aux USA et Semic pour la france, d'avoir produit et publié Spawn. Sans vous je n’en serais pas là...

Un homme en imper noir s'adresse à quelqu'un d'autre en hors-champ qui lui dit que le coeur de la victime était enfoncé dans sa bouche.
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